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La question de l’alimentation est aujourd’hui centrale et nous affecte de diverses manières. C’est une affaire de santé, d’écologie, de politique, d’économie, de culture et d’agriculture. Depuis que les grandes multinationales de type Monsanto/Bayer peuvent s’approprier le patrimoine génétique des semences, c’est même une affaire juridique. A partir des très visibles émissions de télévision sur la cuisine jusqu’à la question – moins visible – de l’accès à la nourriture, ces problématiques occupent la société civile comme les chercheurs. Elles dépassent les rapports de « classes », la culture populaire s’étant emparée des émissions culinaires et du scrap cooking pendant que les élites peuvent instrumentaliser l’alimentation comme d’un élément de différenciation et de distinction lorsqu’elles choisissent de manger bio, équitable ou, plus récemment, d’être locavores. Du régime végétarien en passant par les flexitariens et les végans – on a vu la disparition du terme « végétalien », qui n’incluait pas ceux qui refusent dans le même temps le cuir, le miel ou les préservatifs –, les choix alimentaires permettent d’afficher quelle place nous revendiquons dans la société, quelles valeurs nous défendons. Quelles sont aussi les valeurs que l’on peut se permettre d’avoir. En effet, en plus de la question du nombre de kilomètres que l’ananas a parcouru avant d’arriver dans nos assiettes, l’accès à la nourriture est une question non résolue, y compris dans les pays du Nord. Le poids continue d’être un marqueur social, même si la tendance s’est inversée par rapport au 19ème siècle, où le paradigme majoritaire valorisait le bourgeois ventripotent, affichant dans sa large panse sa capacité à dépenser des sommes astronomiques pour se nourrir ; l’obésité est désormais stigmatisée, signe de pauvreté et d’inculture, tandis qu’être mince est un signe extérieur de richesse dans nos sociétés où l’argent nous tient à distance du paquet de chips et nous permet de consommer les derniers « super aliments » concentrés en antioxydants et autres bienfaits. Alors que les media font plutôt la part belle à la façon dont mangent les bobos aux bénéfices certains qu’il y a à consommer une nourriture et un vin sans résidus de pesticides, il serait intéressant de se pencher sur les multiples questions inhérentes à l’alimentation, aujourd’hui et dans les siècles passés.

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